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Zéro carbone, de quoi parle-t-on ?

Le Facteur 4 a servi de ligne directrice pour la politique climatique de l’Union Européenne à partir du début des années 2000. Il consiste à diviser par quatre ses émissions de CO2 d’ici à 2050 par rapport aux niveaux de 1990. Mais depuis quelques années c’est la notion de neutralité carbone qui l’a remplacé dans les rapports du GIEC et les discours européens. De quoi parle-t-on donc exactement ? Quelle différence ? Et quels sont les écueils à éviter ?

Définition de la neutralité carbone

Il s’agit d’un équilibre planétaire entre les émissions de CO2 anthropiques et les absorptions de CO2 anthropiques. Stabiliser le système climatique passe donc par cette capacité à retirer chaque année de l’atmosphère autant de CO2 que l’humanité en a émis pour stopper l’accumulation actuelle. De plus, pour respecter l’objectif 2°C de réchauffement tel que défini par le GIEC, il faut que cette neutralité soit atteinte d’ici 2050. Et pour respecter les accords de Paris, il faut non seulement atteindre cet objectif de « net zéro carbone » suffisamment tôt, mais aussi réduire rapidement les émissions des autres gaz à effet de serre.

Net zéro, comment faire ?

Une initiative de neutralité a donc deux leviers à sa disposition : la réduction des émissions (à l’échelle globale !) et l’augmentation de l’absorption.

Il existe deux façons de réduire des émissions carbones. Déjà, l’efficacité énergétique qui progresse d’environ 1,5% par an d’après l’Agence Internationale de l’Energie (AIE). La deuxième façon est de cesser les activités les plus polluantes mais le coût économique est beaucoup plus sévère, d’où l’idée pour certaines organisations de vouloir investir dans le deuxième levier : l’absorption.

Augmenter l’absorption planétaire de carbone implique d’augmenter la capacité des puits de carbone. Le puit de carbone le plus facilement renforçable est donc sans surprise la forêt. Et on assiste à une multiplication des initiatives du type « pour chaque achat un arbre planté ». La plantation d’arbres est devenue la figure de proue de la compensation carbone.

Pourtant, quand Air France déclare s’appuyer sur les travaux du GIEC pour faire de la compensation carbone afin de rendre certains de ses vols « neutres en carbone », cela provoque un scandale. Valérie Masson Delmotte, co-présidente du groupement n°1 du GIEC déclare sur Twitter : « Le GIEC ne fait pas de recommandation, et ne soutient pas ces options […] Merci de communiquer + clairement l’impact climat aux usagers, de mieux expliquer les potentiels et limites de vos actions de compensation, et d’éviter l’utilisation de la notion de « neutralité carbone » qui flirte ici avec le #greenwashing » ? Quel est donc le problème de la compensation carbone ?

Limites physiques de la compensation carbone

Il existe beaucoup de critiques de la compensation carbone, notamment sur le manque de transparence et l’incitation au business as usual. Mais intéressons-nous ici particulièrement au cas de la reforestation, et montrons pourquoi la simple compensation en finançant la plantation d’arbres est une solution irréaliste.

Premièrement, planter une forêt ne suffit pas à séquestrer du carbone, encore faut-il que l’on ne remplace pas un puits de carbone déjà existant. Notamment, les prairies stockent beaucoup de carbone dans leur sol au point que dans certains cas, remplacer des prairies par des forêts peut engendrer des émissions nettes de CO2. Restent donc en substance les surfaces urbanisées et les surfaces agricoles. Or l’ONU prévoit une augmentation de la population mondiale jusqu’en 2100, donc une augmentation de la demande alimentaire et en logements qui se traduira inévitablement par une plus forte pression sur les surfaces. Notons également que le désir croissant d’une agriculture plus modérée, du moins en Europe, nécessite à volume constant de production une augmentation de la surface cultivée.

Enfin nous parlons bien ici de reforester des surfaces extrêmement étendues. En résumé, il faudrait 3 milliards d’hectares de forêt en croissance supplémentaires pour compenser les émissions annuelles mondiales, soit environ 50 fois la superficie de la France, deux fois la surface agricole mondiale ou 21% des terres émergées. Ajoutons que cette forêt ne ferait que stabiliser la quantité de carbone dans l’atmosphère, pas la diminuer et que son action ne concernerait que le CO2 soit environ 65% de l’effet de serre anthropique. Enfin, une forêt cessant d’être un puit de carbone au bout d’environ 1 siècle, il faudrait replanter des surfaces supplémentaires au bout d’un siècle.

Il est donc évident que la plantation d’arbres pour la compensation carbone est loin d’être suffisante pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 même en supposant que les émissions mondiales soient divisées par 2 d’ici là.

D’où la conclusion du rapport Net Zero Initiative : « Compte tenu de l’effort requis, tant pour la baisse des émissions que pour l’augmentation des absorptions, l’atteinte de la neutralité carbone mondiale devra forcément aller de pair avec de profondes et radicales transformations sociotechniques. La neutralité carbone est un concept de rupture. »

 En conclusion, une société neutre en carbone est une société qui a drastiquement réduit ses émissions au point de pouvoir elle-même les réabsorber. Si des mécanismes comme la compensation carbone auront sans doute une place dans le paysage de cette société, ils ne constituent certainement pas une alternative à la réduction massive et mondiale des émissions de gaz à effet de serre.

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